Les personnages féminins effacés des récits animaliers générés
Une équipe de l'université de Washington menée par Melanie Walsh a soumis à six modèles génératifs les mêmes amorces de récit animalier qu'à un panel humain, et compilé 23 800 réponses. Le résultat tient en trois chiffres : 57 % des personnages sont neutres ou dépourvus de genre, 41 % sont masculins, et 2 % seulement sont féminins. Le protocole s'appuyait sur un travail antérieur portant sur trois cents livres pour enfants, où les grenouilles et les loups avaient plus de neuf chances sur dix d'être des mâles, et sur 1 300 participants humains dont les réponses accentuaient encore ce déséquilibre. L'hypothèse avancée par les chercheurs est que les laboratoires emploient la neutralité pronominale comme garde-fou anti-biais dans les contextes ambigus, et qu'ils y ont dissous le féminin plutôt que le masculin. Présentés en juin à la conférence ACM sur l'équité et la transparence, ces résultats ont été relayés le 5 août par TechXplore et GeekWire sous le titre « il, ça, mais rarement elle ».
Le garde-fou produit ici exactement l'effet qu'il prétendait éviter : neutraliser par défaut revient à laisser le masculin occuper tout le terrain nommé. Pour quiconque écrit des personnages ou construit un casting visuel, la leçon est opérationnelle — un modèle sollicité sans consigne de genre ne renvoie pas un tirage équilibré, il renvoie une moyenne appauvrie. Le correctif ne relève pas du réglage de modèle mais de l'écriture du prompt, donc de la responsabilité de l'auteur.