L'éthique comme argument de vente chez les IA musicales
MusicRadar publie le 19 septembre une enquête sur le virage « éthique » revendiqué depuis quelques mois par les plateformes d'IA musicale, à commencer par Suno, dont le PDG Mikey Shulman a mis en ligne un billet sur une approche « responsable » après avoir reconnu que les premiers modèles de la société avaient été entraînés sur de la musique aspirée sans autorisation. Ausrine Skarnulyte, PDG de Voice Swap AI, dont les jeux de données sont certifiés par l'organisme tiers Fairly Trained et dont 50 % des revenus d'abonnement et 80 % des revenus de licence reviennent aux chanteurs, avertit que « l'IA éthique risque de devenir un terme marketing » : si chaque entreprise définit elle-même l'éthique, le label cesse d'être informatif. Geraldo Ramos, cofondateur de Moises AI, déplace la question du seul jeu d'entraînement vers la nature du produit et pose une limite nette — assister le musicien, jamais générer la chanson entière — une logique voisine de celle qui prévaut pour la mise en image d'un album, où l'outil accompagne un geste sans s'y substituer. Paul McCabe, du Roland Future Design Lab, à l'origine des Principles for Music Creation with AI aujourd'hui soutenus par plus de 150 marques, labels et institutions, vise les 500 signataires et compare l'effort à l'adoption du MIDI au début des années 1980, tout en reconnaissant qu'une gouvernance interne ne vaut rien sans mécanisme de contrainte. Les chiffres cités expliquent le revirement : une étude BPI de 2025 donne 82 % de personnes convaincues que la créativité humaine est essentielle à la musique et 81 % favorables à un étiquetage clair des titres entièrement générés, tandis qu'une enquête du Muse Group auprès de 1 200 musiciens relève 78 % d'ouverture à l'IA mais 81 % d'exigence de règles et de transparence plus fermes.
La ligne tracée par Moises — assister, jamais produire la chanson entière — est la seule des trois positions qui produise une différence audible dans un morceau fini. Le reste tient de la déclaration d'intention : un jeu de données licencié ne s'entend pas, une charte de gouvernance non plus.
Reste le chiffre le plus instructif de l'enquête : 78 % des musiciens interrogés acceptent l'IA, 81 % réclament des règles plus strictes. Ce n'est pas une contradiction, c'est une demande d'outillage plutôt que d'oracle.