IA Bulletin — 20 septembre 2026

L'éthique comme argument de vente /
Le troisième pilier de l'audio /
Les pièces descellées du procès du Times

L'éthique comme argument de vente chez les IA musicales

MusicRadar publie le 19 septembre une enquête sur le virage « éthique » revendiqué depuis quelques mois par les plateformes d'IA musicale, à commencer par Suno, dont le PDG Mikey Shulman a mis en ligne un billet sur une approche « responsable » après avoir reconnu que les premiers modèles de la société avaient été entraînés sur de la musique aspirée sans autorisation. Ausrine Skarnulyte, PDG de Voice Swap AI, dont les jeux de données sont certifiés par l'organisme tiers Fairly Trained et dont 50 % des revenus d'abonnement et 80 % des revenus de licence reviennent aux chanteurs, avertit que « l'IA éthique risque de devenir un terme marketing » : si chaque entreprise définit elle-même l'éthique, le label cesse d'être informatif. Geraldo Ramos, cofondateur de Moises AI, déplace la question du seul jeu d'entraînement vers la nature du produit et pose une limite nette — assister le musicien, jamais générer la chanson entière — une logique voisine de celle qui prévaut pour la mise en image d'un album, où l'outil accompagne un geste sans s'y substituer. Paul McCabe, du Roland Future Design Lab, à l'origine des Principles for Music Creation with AI aujourd'hui soutenus par plus de 150 marques, labels et institutions, vise les 500 signataires et compare l'effort à l'adoption du MIDI au début des années 1980, tout en reconnaissant qu'une gouvernance interne ne vaut rien sans mécanisme de contrainte. Les chiffres cités expliquent le revirement : une étude BPI de 2025 donne 82 % de personnes convaincues que la créativité humaine est essentielle à la musique et 81 % favorables à un étiquetage clair des titres entièrement générés, tandis qu'une enquête du Muse Group auprès de 1 200 musiciens relève 78 % d'ouverture à l'IA mais 81 % d'exigence de règles et de transparence plus fermes.

Note éditoriale

La ligne tracée par Moises — assister, jamais produire la chanson entière — est la seule des trois positions qui produise une différence audible dans un morceau fini. Le reste tient de la déclaration d'intention : un jeu de données licencié ne s'entend pas, une charte de gouvernance non plus.

Reste le chiffre le plus instructif de l'enquête : 78 % des musiciens interrogés acceptent l'IA, 81 % réclament des règles plus strictes. Ce n'est pas une contradiction, c'est une demande d'outillage plutôt que d'oracle.

Sources : MusicRadar — Guilt-free AI? What so-called ethical AI tools mean for musicians and producers — Principles for Music Creation with AI — Fairly Trained

Le troisième pilier de l'audio selon la Professional Sound Alliance

Des monteurs son, preneurs de son, mixeurs et éditeurs de sonothèques ont lancé la Professional Sound Alliance, coalition annoncée le 18 septembre pour défendre le son professionnel, défini comme tout ce qui n'est ni musique ni voix — « chaque explosion, chaque ambiance, chaque pas, chaque porte qui claque ». L'Alliance vise deux abus qu'elle nomme elle-même : la Data Piracy, l'aspiration de bibliothèques sonores dans des modèles commerciaux sans autorisation ni rémunération, et la Sync Piracy, l'usage de sons et de sonothèques sans licence au cinéma, à la télévision et dans le jeu vidéo. Son argumentaire tient dans une phrase affichée sur son site — « l'audio a trois piliers, deux sont protégés, un ne l'est pas » — la musique ayant la RIAA et les labels, la voix ayant la SAG-AFTRA, dont l'accord sur les répliques numériques expire le 31 décembre. Le noyau fondateur réunit Douglas Price, fondateur de Pro Sound Effects et président de l'Alliance, Pierre Langer de Boom Library, Craig Nimens de Sound Ideas, la mixeuse Karol Urban et Mark Mangini, deux fois oscarisé, pour qui « les effets sonores ne sont pas une marchandise » mais « le produit d'une expertise, d'une expérience et d'un art humains ». La position est plus inconfortable qu'il n'y paraît : Pro Sound Effects commercialise un jeu d'entraînement de 1,27 million de sons libérés de droits et annotés à la main, soit plus de 5 000 heures, et Sony AI a entraîné une version privée de son modèle d'effets sonores Woosh sur les catalogues de Pro Sound Effects et de Boom — deux membres fondateurs ont donc déjà licencié leurs fonds pour nourrir un générateur, l'objection ne portant que sur la version non licenciée de la même transaction.

Note éditoriale

Le son d'effets est le dernier métier de l'audio sans syndicat ni société de gestion, et c'est aussi celui dont la valeur repose le plus sur un travail invisible : des années de captation de terrain, de montage, de nomenclature et de métadonnées. Ce qui se vend n'est pas le fichier, c'est le classement.

L'Alliance se lance avec une pétition et un macaron à coller en signature de courriel, pas avec un fonds de contentieux ni une convention collective. La contradiction est assumée plutôt que masquée, ce qui est déjà plus honnête que la moyenne du secteur.

Sources : Music Business Worldwide — Sound designers and SFX libraries launch Professional Sound Alliance — Pro Sound Effects — Machine learning and AI datasets

Les pièces descellées du procès du Times

De nouvelles pièces descellées dans la plainte déposée il y a trois ans par le New York Times contre OpenAI et Microsoft, rapportées le 17 septembre, exposent la façon dont les deux entreprises jugeaient en interne leurs propres pratiques de collecte, étant entendu que l'essentiel provient du mémoire du Times lui-même, les pièces sous-jacentes restant scellées. Dans une note de janvier 2023, Brent Hecht, directeur de l'Applied Science chez Microsoft, qualifie l'aspiration de données de « vol stupéfiant, d'une ampleur sans précédent » et de « plus grand vol de travail de l'histoire de l'humanité ». Le dossier en chiffre l'échelle : les jeux d'entraînement intermédiaires d'OpenAI contiendraient plus de 91 692 copies d'œuvres publiées par le Times, le Daily News et le Center for Investigative Reporting, un ensemble dérivé de Common Crawl plus de 2 millions de documents issus du seul nytimes.com, et le corpus dit Project Mango au moins 160 903 œuvres uniques. Trois éléments visent directement la défense du fair use : les notices de copyright auraient été retirées des données avant l'entraînement pour éviter que le modèle ne les restitue, un contournement de paywall aurait circulé en interne, et les mesures de Microsoft elles-mêmes montrent que son moteur de réponse Copilot fait chuter jusqu'à 93 % le taux de clic vers le domaine du Times par rapport à la recherche Bing classique, une « boucle infernale » selon le document interne. Nick Turley, responsable de ChatGPT, y décrit des produits « largement substitutifs » représentant une « menace existentielle » pour les éditeurs, tandis que Satya Nadella a déclaré sous serment que tout contenu derrière un paywall devrait être licencié avant d'être utilisé, le tout deux semaines après le mémoire de l'administration américaine venu soutenir la position inverse d'OpenAI sur l'entraînement.

Note éditoriale

Ce dossier ne concerne pas que la presse. Le mécanisme décrit — retirer les notices de copyright en amont pour que le modèle ne les restitue pas en aval — s'applique à l'identique à une banque d'images, à une sonothèque ou à un fonds de pochettes numérisé.

La prudence reste de mise : ces citations proviennent du mémoire du plaignant, pas des pièces elles-mêmes, qui demeurent sous scellés. La chronologie, elle, est nette : les aveux internes sortent quinze jours après que l'exécutif américain a pris parti pour la thèse adverse.

Sources : TechCrunch — Microsoft exec called AI scraping the largest theft of labor in human history — TechCrunch — US government sides with OpenAI on training LLMs on copyrighted material
Giraudoux, Provinciales, 1909, édition originale — Studio Takuya
Giraudoux — Provinciales, 1909, édition originale — Studio Takuya