IA Bulletin — 25 septembre 2026

Sora, code 410 /
Un visage pour quatre-vingt-dix-sept langues /
Cinquante tonnes de livres japonais

Sora, code 410

OpenAI a retiré le 24 septembre de son API l'ensemble des modèles Sora 2 — sora-2, sora-2-pro et leurs instantanés datés —, cinq mois après la fermeture de l'application grand public intervenue le 26 avril. Le calendrier avait été notifié aux développeurs dès le 24 mars, sans qu'aucun modèle de remplacement ne figure dans la colonne prévue à cet effet sur la page des dépréciations. Selon les guides de migration publiés ces dernières semaines, les appels à l'API vidéo renvoient désormais une erreur 410, et OpenAI annonce la suppression définitive des données liées à Sora une fois close la fenêtre d'export. Les tarifs, qui allaient de 0,10 à 0,70 dollar la seconde selon le modèle et la résolution, disparaissent avec lui, et les équipes qui avaient bâti des chaînes de production dessus se replient sur Veo, Kling ou HappyHorse, ou sur des modèles ouverts comme Wan 2.2 et HunyuanVideo 1.5. Aucun de ces modèles ouverts ne produit toutefois la piste sonore synchronisée que Sora 2 générait nativement, ce qui impose une passe audio séparée à quiconque choisit l'auto-hébergement.

Note éditoriale

En février 2024, Sora était présenté comme un simulateur de monde. Trente et un mois plus tard, il s'éteint sur un code HTTP qui signifie simplement « parti, sans adresse ». La trajectoire a quelque chose d'exemplaire : l'outil le plus commenté de sa génération n'aura pas survécu à trois cycles de produit.

Pour qui travaille l'image, la leçon est sèche. Un synthétiseur retiré du catalogue continue de sonner dans l'atelier ; un modèle retiré de l'API ne laisse rien, pas même la possibilité de rejouer un plan pour corriger une séquence. Ce qui a été tourné avec Sora appartient désormais à une époque close, reproductible par personne. Un outil loué n'est pas un outil possédé — et une œuvre qui dépend d'un service fermé dépend aussi de sa date de péremption.

Sources : OpenAI Help Center — What to know about the Sora discontinuation — Spheron — Sora 2 API Shutdown: Self-Hosted Video Alternatives

Un visage pour quatre-vingt-dix-sept langues

Google a rendu disponible le 24 septembre, dans Gemini Enterprise, Gemini 3.8 Live avec Live Avatar, qui adosse ses modèles de dialogue en direct à une génération vidéo en quasi temps réel. Le système anime des personnages qui synchronisent les lèvres et tiennent leurs expressions dans 97 langues, au fil même de la conversation. Les entreprises choisissent parmi des visages prédéfinis ou, sur accès réservé à une liste blanche, génèrent un avatar à partir d'une image de référence — geste qui rejoint ce que l'incarnation visuelle d'un album demande à un portrait : fixer un visage qui parlera au nom d'une œuvre. La chaîne intègre l'exécution asynchrone d'outils, le traitement visuel multimodal et un filigrane SynthID apposé sur toutes les sorties. Google destine l'ensemble au service client et aux visites guidées interactives, sur le terrain des jeunes pousses de l'avatar vidéo, désormais concurrencées au cœur même du modèle.

Note éditoriale

Un visage qui parle quatre-vingt-dix-sept langues n'en habite aucune. La synchronisation labiale résout la mécanique de la bouche ; elle ne dit rien de ce qu'un regard porte de culture, de retenue, de pudeur propre à une langue. L'expression « tenue » par le modèle est une expression moyenne — exactement ce qu'on attend d'un guichet, exactement ce qu'on fuit dans un portrait.

La liste blanche imposée pour la création d'un avatar à partir d'une photo est un aveu discret : la difficulté n'est pas technique, elle est de savoir à qui appartient le visage. La semaine a déjà vu des avatars de musiciens disparus partir en tournée. Le même outil, une fois ouvert, fera parler n'importe quelle pochette, n'importe quel portrait d'archives — la question du consentement se déplace alors de la voix vers les traits.

Sources : Google Blog — Gemini 3.8 Live with Live Avatar — AI Weekly — Google Ships Gemini 3.8 Live With Avatar for Enterprise

Cinquante tonnes de livres japonais

Une enquête de Nippon TV News, relayée par Tom's Hardware, révèle que plus de cinquante tonnes de marchandises déclarées « JAPANESE BOOKS » ont été exportées vers les États-Unis depuis l'an dernier par une filiale d'un grand distributeur japonais de l'édition, soit de l'ordre de cent mille volumes. Depuis août, des librairies d'occasion en ligne décrivent des journées à cinq fois leur volume habituel, avec des commandes passées par plusieurs comptes mais toutes acheminées vers un unique centre logistique de la préfecture d'Okayama. Les achats se concentrent sur la philosophie, l'histoire politique, la médecine, le droit et les documents de l'époque d'Edo, loin des stocks ordinaires des revendeurs, et un libraire y voit la marque d'un système automatisé tant les commandes tombent à intervalles réguliers. Aucun acheteur n'a été identifié, mais le soupçon porte sur la numérisation destructive au service de l'entraînement des modèles — reliure arrachée, pages scannées, volume détruit —, pratique déjà documentée aux États-Unis et jugée conforme à l'usage loyal par un juge fédéral. Le cadre juridique en jeu est l'article 30-4 de la loi japonaise sur le droit d'auteur, qui autorise l'analyse d'œuvres sans autorisation des ayants droit, sauf lorsqu'elle leur porte un préjudice déraisonnable.

Note éditoriale

On parle volontiers de « données » comme d'un fluide sans masse. L'enquête rappelle que la matière première des modèles se pèse encore à la tonne, s'expédie en cartons et passe par des entrepôts de province. Le savoir nourrit la machine au sens le plus littéral : par voie de fret.

Le détail le plus troublant tient au choix des titres. Philosophie, droit, documents d'Edo : pas des best-sellers, mais la part rare d'une bibliothèque, celle qui ne se réimprime pas. Numériser en détruisant, c'est sauver le texte en supprimant l'objet — et, pour les fonds les moins diffusés, transformer la dernière copie physique en ligne d'un corpus privé. L'article 30-4 parle de « préjudice déraisonnable » ; il reste à savoir qui, au juste, se tient en position de le réclamer.

Sources : Tom's Hardware — Japanese used bookstores see 5x sales surge — AI Weekly — Nippon TV Traces 50-Ton Japanese Book Exports to the US
Standard 002 — Studio Takuya
Standard 002 — Studio Takuya