IA Bulletin — 6 octobre 2026

Le Troisième circuit et l'entraînement sans fair use /
La voix protégée comme droit à l'image à Tokyo /
La chanson valorisée à l'égal de l'enregistrement

Le Troisième circuit et l'entraînement sans fair use

Le 29 septembre, la cour d'appel fédérale du Troisième circuit a confirmé que ROSS Intelligence ne pouvait pas invoquer le fair use pour avoir entraîné son moteur de recherche juridique sur environ 2 243 résumés de jurisprudence de Westlaw, propriété de Thomson Reuters. C'est la première décision d'appel américaine sur l'usage équitable en matière d'entraînement d'IA, et la juge Montgomery-Reeves y écrit que « la facilité n'est pas une nécessité », ROSS ayant écarté quelque 10 millions d'avis judiciaires libres de droits parce que les résumés étaient plus commodes. La RIAA et la NMPA avaient déposé un mémoire commun en soutien de Thomson Reuters, y voyant un précédent contre tout entraînement destiné à concurrencer et à remplacer les œuvres copiées. Des nuances demeurent : une note de bas de page réserve le cas de l'IA générative qui produit une expression originale, et il n'existe aucune archive d'enregistrements sonores libres de droits comparable aux avis judiciaires, argument que Suno peut invoquer au titre de la nécessité. Le dossier de Suno relève du Premier circuit, où cet arrêt reste persuasif sans être contraignant, avec un jugement sommaire attendu au plus tôt à la mi-2027, alors que la seconde plainte d'Universal et Sony vise 60 202 enregistrements, soit jusqu'à 9 milliards de dollars au maximum légal de 150 000 dollars par œuvre.

Note éditoriale

« La facilité n'est pas une nécessité » : la formule vaut pour tout catalogue moissonné parce qu'il était à portée de main. Pour la musique, le raisonnement butte sur un fait têtu, aucune bibliothèque libre de droits d'enregistrements ne tient lieu de substitut, ce qui nourrit la thèse de la nécessité sans la prouver.

Un arrêt sur des résumés de jurisprudence ne tranche rien pour un modèle qui compose des chansons, et la note de bas de page le dit. Reste le calendrier : mi-2027 pour le jugement sommaire, et d'ici là les licences se négocient à la table, pas au prétoire.

Sources : Music Business Worldwide — A US appeals court has rejected a ‘fair use’ defense over AI training (octobre 2026) — Copyright Lately — Signed, Sealed, Affirmed: Third Circuit Backs Thomson Reuters over ROSS (octobre 2026)

La voix protégée comme droit à l'image à Tokyo

Le 30 septembre, le tribunal de district de Tokyo a jugé pour la première fois au Japon que la voix d'une personne relève du droit à l'image, dans l'affaire du doubleur Kenjiro Tsuda, 55 ans, voix de Jujutsu Kaisen. Il poursuivait un compte TikTok qui avait publié environ 188 vidéos entre juillet 2024 et septembre 2025 avec une narration générée par IA proche de sa voix, pour plus de 210 000 abonnés et un revenu mensuel estimé entre 3 200 et 4 800 dollars. La juge Aya Takahashi écrit que l'usage non autorisé de la voix d'un interprète peut constituer une atteinte à ce droit lorsqu'il exploite son attrait commercial, la voix étant rapprochée du portrait comme symbole de la personnalité. La demande de retrait a pourtant été rejetée parce que le titulaire du compte avait supprimé les vidéos en mai 2026, Tsuda renonçant à faire appel sans réclamer de dommages-intérêts, tandis que la défense soutenait que la voix était « générique » et tirée de l'enregistrement d'un ami. La décision rejoint un rapport d'un comité d'experts du ministère de la Justice, daté d'août 2026, qui recommandait de protéger la voix, alignant celle-ci sur le visage d'un artiste, déjà défendu lorsqu'une création graphique d'albums l'utilise sur une pochette.

Note éditoriale

Rapprocher la voix du portrait est un geste juridique simple, qui laisse entière la question difficile : à partir de quelle ressemblance une voix « générique » devient-elle celle de quelqu'un ? Le principe est posé, la frontière reste à tracer, cas par cas.

Le compte a publié pendant quatorze mois et n'a disparu que de lui-même, en cours de procès, sans dommages versés. Le droit nomme désormais la voix ; la protection concrète, celle qui arrive avant les 210 000 abonnés, suivra plus lentement.

Sources : Music Business Worldwide — Tokyo court rules that a person’s voice can be protected by publicity rights (octobre 2026) — The Next Web — Tokyo court rules the human voice is protected, in a TikTok AI clone case (octobre 2026)

La chanson valorisée à l'égal de l'enregistrement

Le 30 septembre, l'IMPEL (Londres) et l'IMPF (Bruxelles, plus de 300 sociétés d'édition indépendantes) ont publié un cadre commun de sept principes pour les licences d'IA générative. Leur exigence centrale est que « la chanson soit correctement valorisée », au moins à égalité avec l'enregistrement sauf facteurs particuliers. Le texte couvre la répartition des revenus entre master et édition, la rémunération des usages passés, de l'entraînement, des productions et de l'exploitation future, ainsi que la transparence et la protection contre des pilotes limités qui créeraient des précédents trop larges. Les deux organisations demandent aux sociétés de gestion collective et aux autres concédants d'adopter ces principes dans leurs propres modèles de licence d'IA. Le cadre fait suite à l'accord de juin 2026 entre la NMPA et Udio, présenté comme valorisant à parts égales les chansons et les enregistrements pour l'entraînement.

Note éditoriale

Exiger que la chanson vaille « au moins autant » que l'enregistrement revient à rappeler que l'auteur et le compositeur ne sont pas les figurants d'un contrat entre labels et plateformes. L'accord de juin entre la NMPA et Udio sert de point d'appui, sa portée réelle restant à vérifier contrat par contrat.

Ces principes ne lient personne : ils s'adressent aux sociétés de gestion collective, qui décideront. Pour un auteur-compositeur indépendant, c'est le premier texte qui nomme sa part avant que les modèles de licence ne se figent.

Sources : Music Business Worldwide — Indie publishers set out seven principles for AI licensing (30 septembre 2026) — IMPF — Joint framework for generative AI licensing (30 septembre 2026)
Carranca Neurobossa — Studio Takuya
Carranca Neurobossa — Studio Takuya