Le Troisième circuit et l'entraînement sans fair use
Le 29 septembre, la cour d'appel fédérale du Troisième circuit a confirmé que ROSS Intelligence ne pouvait pas invoquer le fair use pour avoir entraîné son moteur de recherche juridique sur environ 2 243 résumés de jurisprudence de Westlaw, propriété de Thomson Reuters. C'est la première décision d'appel américaine sur l'usage équitable en matière d'entraînement d'IA, et la juge Montgomery-Reeves y écrit que « la facilité n'est pas une nécessité », ROSS ayant écarté quelque 10 millions d'avis judiciaires libres de droits parce que les résumés étaient plus commodes. La RIAA et la NMPA avaient déposé un mémoire commun en soutien de Thomson Reuters, y voyant un précédent contre tout entraînement destiné à concurrencer et à remplacer les œuvres copiées. Des nuances demeurent : une note de bas de page réserve le cas de l'IA générative qui produit une expression originale, et il n'existe aucune archive d'enregistrements sonores libres de droits comparable aux avis judiciaires, argument que Suno peut invoquer au titre de la nécessité. Le dossier de Suno relève du Premier circuit, où cet arrêt reste persuasif sans être contraignant, avec un jugement sommaire attendu au plus tôt à la mi-2027, alors que la seconde plainte d'Universal et Sony vise 60 202 enregistrements, soit jusqu'à 9 milliards de dollars au maximum légal de 150 000 dollars par œuvre.
« La facilité n'est pas une nécessité » : la formule vaut pour tout catalogue moissonné parce qu'il était à portée de main. Pour la musique, le raisonnement butte sur un fait têtu, aucune bibliothèque libre de droits d'enregistrements ne tient lieu de substitut, ce qui nourrit la thèse de la nécessité sans la prouver.
Un arrêt sur des résumés de jurisprudence ne tranche rien pour un modèle qui compose des chansons, et la note de bas de page le dit. Reste le calendrier : mi-2027 pour le jugement sommaire, et d'ici là les licences se négocient à la table, pas au prétoire.