Le remix sous licence chez Universal
Universal Music Group et ElevenLabs ont annoncé le 10 septembre un accord stratégique pluriannuel, le premier de la société de synthèse vocale avec une major, dont le premier chantier est une plateforme grand public où les fans pourront créer des remixes, des mashups et de nouvelles interprétations à partir de titres sous licence. La participation des artistes et des auteurs se fait par consentement explicite, titre par titre, et le communiqué promet une rémunération « équitable » sans en décrire le mécanisme, sans nom de produit, sans date de lancement ni tarif. L'expression « expériences vocales personnalisées » désigne, chez une entreprise dont le cœur technique est le clonage de voix à partir de quelques secondes d'audio, la possibilité d'entendre un artiste consentant chanter une mélodie composée par le fan — précisément l'usage qu'Universal faisait retirer des plateformes il y a deux ans. La plateforme sera distincte de Music API et d'ElevenMusic, dont le modèle Music v2 revendique un entraînement sur des données licenciées via Merlin et Kobalt, et elle arrive vingt-quatre heures après les modèles v6 de Suno développés avec Warner, BMG et Believe. Contrairement aux accords Udio–Universal ou Suno–Warner, nés de procès, celui-ci n'a été précédé d'aucune plainte, et il ne couvre ni les indépendants distribués via DistroKid ou TuneCore ni les musiciens de session dont le syndicat américain poursuit justement Warner et Universal depuis juin.
Un accord signé sans procès préalable dit surtout une chose : la licence est devenue un produit d'appel, plus une réparation. ElevenLabs achète une légitimité qu'une introduction en bourse exige, Universal achète un guichet de plus pour son catalogue, et le fan achète le droit de faire chanter une voix qui n'est pas la sienne dans un enclos surveillé.
Reste le mot « équitable », qui n'a pas de chiffre. Tant que la clé de répartition entre la major, l'artiste consentant et les musiciens de session restera hors communiqué, la seule certitude est que l'enclos rapporte d'abord à celui qui en tient la porte.