Universal contre DistroKid et le procès du slop
Universal Music Group a déposé le 15 septembre devant le tribunal fédéral du Delaware une plainte contre DistroKid, premier distributeur mondial en volume, qui revendique « environ 40 % » des nouveautés de la planète et plus de quatre millions d'artistes. La major accuse le distributeur de pratiques commerciales trompeuses et de contrefaçon, et l'écrit sans détour : DistroKid « inonde les plateformes de slop généré par IA » qui détourne écoutes et revenus des artistes réels. Le texte prend soin de préciser que le litige ne vise pas la distribution de musique générée lorsqu'elle est déclarée comme telle, mais la façade d'un catalogue présenté comme porté par des humains, alors que, selon le rapport SIQA du premier trimestre, 75,8 % des 1 551 titres IA soumis aux classements transitaient par DistroKid et 90,4 % sortaient de Suno. Les pièces jointes nomment 1 000 enregistrements, soit 150 millions de dollars de dommages statutaires au maximum, qu'Universal qualifie de partie émergée de l'iceberg, en reprochant surtout au distributeur de continuer à diffuser un titre sur d'autres services après avoir admis ne pas en détenir les droits. La plainte tombe le lendemain de la Streaming Integrity Initiative de l'IFPI, un jeu de principes anti-fraude signé par 24 acteurs dont les trois majors, qui impose un contrôle d'identité des clients et des mesures d'identification des contenus générés, et que DistroKid, comme TuneCore et UnitedMasters, n'a pas signé.
Le mot « slop » entre dans un acte judiciaire, et c'est le vrai événement. Il désignait jusqu'ici une gêne esthétique, un flux d'images et de sons sans adresse ; le voilà transformé en préjudice chiffré, avec un tarif par œuvre et un distributeur pour porter la responsabilité. Universal n'attaque pas la génération, elle attaque l'anonymat de la génération, et la suite se devine : une étiquette « IA » obligatoire à l'entrée des plateformes, dont la major aura écrit le cahier des charges.
Reste que le distributeur poursuivi est aussi la porte d'entrée de millions de musiciens indépendants qui n'ont jamais touché à un modèle. Le rapport de force se joue entre deux industries, celle des catalogues et celle des volumes, et l'artiste qui presse ses propres disques n'est invité à la table d'aucune des deux. La question de fond n'est pas de savoir qui triche, mais qui décidera demain de ce qui a le droit de s'appeler musique sur une plateforme.