IA Bulletin — 12 octobre 2026

Sony Music et les 260 000 retraits de deepfakes /
Le Copyright Office et l'enquête sur la fraude au streaming /
L'ARIA et le cheval de Troie de la Big AI

Sony Music et les 260 000 retraits de deepfakes

Selon le Financial Times, repris le 5 octobre par Music Business Worldwide, Sony Music avait demandé fin septembre aux plateformes de retirer plus de 260 000 morceaux générés par IA qui imitent ses artistes, dont Harry Styles, Adele, Britney Spears, Queen et Michael Jackson. Le total atteignait 135 000 fin mars, soit un rythme de plus de 20 000 demandes par mois entre avril et septembre, contre environ 10 000 retraits signalés en novembre 2023. Sony demande aussi aux plateformes d'« empêcher que le même contenu ne réapparaisse », mais le FT ne précise ni le nombre de retraits effectifs, ni la rapidité des services, ni la méthode de détection, et les chiffres ne séparent pas les clones vocaux de la livraison frauduleuse de titres sur le profil d'un autre artiste. Pour un artiste dont la voix circule déjà en copie, la sortie authentique se reconnaît aussi à son image, et le visuel d'ensemble d'un album devient un repère de confiance, tandis que Spotify interdit l'usurpation vocale sans accord de l'artiste et teste depuis mars un programme Artist Profile Protection. Le projet de loi américain NO FAKES Act, soutenu par Sony et adopté à l'unanimité par la commission judiciaire du Sénat le 18 juin, ferait dépendre l'exonération de responsabilité des plateformes du retrait des répliques signalées « dès que cela est techniquement et pratiquement possible ».

Note éditoriale

Le chiffre dit une chose précise : la contrefaçon vocale se traite désormais comme un flux industriel, à raison de vingt mille demandes par mois, et non plus comme une série d'incidents. Pour un artiste indépendant, sans service juridique ni accord avec les plateformes, la protection reste théorique tant que la détection n'est pas décrite.

Le FT ne livre ni méthode ni taux de retrait : l'essentiel de ce qui permettrait d'évaluer l'efficacité du dispositif manque encore.

Sources : Music Business Worldwide — Sony Music has now asked platforms to remove more than 260,000 AI deepfakes (5 octobre 2026)

Le Copyright Office et l'enquête sur la fraude au streaming

Le Copyright Office américain a publié le 7 octobre au Federal Register, dans un avis daté du 5, une enquête sur la fraude au streaming musical, son fonctionnement, son coût économique et son lien avec la musique générée par IA. La procédure fait suite à une lettre du représentant républicain Scott Fitzgerald datée du 21 mai, qui juge que l'IA générative peut faciliter la fraude et que les bots constituent un « vol clair » de la réserve de redevances, tandis que l'avis rappelle la condamnation de Michael Smith à dix-huit mois de prison. L'office soumet dix sujets, dont l'efficacité des distributeurs de confiance, de la vérification des contenus, des restitutions de redevances et des prestataires antifraude comme Beatdapp, ainsi que le partage d'une base de données commune sur la fraude. Il interroge aussi la standardisation des métadonnées et l'étiquetage des contenus inéligibles aux redevances légales, ainsi qu'une éventuelle injonction sans faute, en citant l'American Copyright Protection Act of 2026 et le DEFEND IP Act. Les commentaires écrits sont attendus jusqu'au 23 novembre 2026 et les réponses jusqu'au 21 décembre, l'avis ouvrant une consultation et non une réglementation.

Note éditoriale

La fraude ne tient pas à la qualité des morceaux mais à leur volume : la focalisation sur la réserve de redevances le dit clairement. Pour les musiciens qui publient de la musique générée en toute transparence, l'enjeu de la consultation est la définition de ce qui sera jugé frauduleux, car un étiquetage mal calibré les rangerait du même côté que les fermes à bots.

Les deux dates de dépôt de commentaires offrent aux représentants des créateurs l'occasion de faire peser cette distinction.

Sources : Music Business Worldwide — Music streaming fraud inquiry launched by US Copyright Office (7 octobre 2026)

L'ARIA et le cheval de Troie de la Big AI

Le 6 octobre, Annabelle Herd, directrice générale de l'ARIA et de la PPCA, a accusé OpenAI et Anthropic, devant la commission parlementaire mixte sur l'intelligence artificielle réunie à Sydney, de réclamer au gouvernement australien de profiter gratuitement du droit d'auteur. Elle a averti qu'une réforme pourrait faire de l'Australie « le cheval de Troie de la Big AI », alors que le gouvernement avait écarté en octobre 2025 une exception de fouille de textes et de données pour les développeurs d'IA. Selon Reuters, les deux entreprises ont déposé des mémoires en septembre pour assouplir la position australienne sur l'entraînement : Anthropic propose une « forme étroite d'approbation conditionnelle », OpenAI des règles permettant d'entraîner les modèles sur des informations accessibles au public. Les deux demandes sont liées à des investissements dans des centres de données, OpenAI avec NEXTDC à Sydney et Anthropic dans le Queensland, et Jeff Bleich, envoyé international d'Anthropic, a répondu devant le comité qu'on « ne peut pas mettre sous licence l'internet tout entier ». Le comité doit remettre son rapport au plus tard le 30 novembre 2026, et l'ARIA rappelle que, par le principe de traitement national, toute indemnisation devrait aussi bénéficier aux ayants droit étrangers.

Note éditoriale

Le débat s'organise comme un échange de licences contre investissements : le droit d'auteur devient une variable de négociation d'infrastructure. L'argument de l'impossibilité pratique de tout mettre sous licence a le mérite d'être clair, mais il ne règle pas la rémunération de ceux dont les œuvres servent de matière première.

Le rapport du 30 novembre dira si l'Australie fait de cette impasse une règle ou une exception.

Sources : Music Business Worldwide — ARIA boss tells Australian lawmakers OpenAI and Anthropic are asking government for a free ride on copyright (7 octobre 2026)
Soon — Studio Takuya
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